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Quel Plaisir, Plaisir..d'Être sur Terre, sur Terre !

Le cercle des crocodiles (fin)

 

Je finis mon assiette et me lève pour encore butiner. Le temps change, plus de soleil, il fait lourde, tropicale on dirait le Vietnam. ( paix à leur âmes)

Je remarque qu’il n’y a pas de chiens cette fois ci. Putain, la dernière fois le petit Cairn de Jacqueline a bouffé le Chihuahua d’une bimbo, un coup sec à la nuque et plus de chien.

Vicky a fait jouer son assurance, 3000€ d’indemnités ils ont dû payer.

Je m’arrête à une table car je vois une jeune femme peiner pour respirer, avec elle son bébé de 2 mois. Faut pas sortir des bébés de 2 mois à une Garden autant plus avec cette chaleur, autant plus à cause des microbes. Je passe mon chemin, à quoi bon. Putain !

Il y a deux jours je me suis trouvée à la caisse d’un carrouf. Devant moi une jeune femme et son bébé, achats de lait maternisé et de couches. Une tablette de chocolat. Au moment de payer elle avait beau chercher dans son porte-monnaie.

Il y avait la queue.

Et j’ai tiré de mon sac un billet.

Et je me suis baissé en le froissant.

Et j’ai tendu ce billet à la jeune femme.

-Je cois que c’est tombé de votre porte-monnaie, j’ai dit.

Elle m’a regardé. Lucide. Pas dupe. Elle a hésité. Et elle a prit mon billet.

Elle a payé et gardé sa dignité. Ca compte la dignité. 

Devant le buffet, qui ressemble maintenant à un carnage, je me prends juste un peu de taboulé et un morceau de fromage. Je jette un coup d’œil vers la piscine, elles y sont déjà les bimbos.

Elles batifolent à grands cris, essayant d’attirer les mecs, maillots style Loana et Tangas, malheureusement cela ne va pas à tout le monde en dehors du fait que c’est out. Je me retourne et j’ai juste le temps d’attraper Vicky qui glisse et du coup mon assiette vole. Bon, Vicky a trop bu, tant pis pour mon taboulé fromage, elle ne se pas étalée, c’est déjà ça. Etre la risée des autres n’est jamais agréable, n’empêche, elle se tordu la cheville. Alain l’a regarde et détourne la tête.

Je la prends sous le bras gauche et cahin, caha nous rejoignons la maison.

 

Arrivés elle éclate en pleurs. Moi, je cherche un seau d’eau, trouve un à champ rempli de glaçons à moitié fondus et lui met son pied traumatisé dedans.

Faut être pratique.

Et Vicky pleure.

Et de dehors nous entendons des rires et des cris, tous dans la piscine. Faut dire qu’il fait au moins 34°. Je regarde l’heure, il est 16h environ et je prends la main de Vicky qui a trop bu, qui a mal et qui ne maîtrise plus rien. Pauvre petite fille riche.

De temps en temps je sors son pied, j’examine puis le remets dans le seau.

J’ai envie de lui parler.

Mais là, cela ne servirait à rien. Puisqu’elle a trop bu.

J’ai envie de lui dire de changer sa vie. 

Et que voilà son mari arrive.

Il nous regarde d’une manière plus que dédaigneuse, disons-le, comme des merdes. Même moi, si, si. Il donne des ordres à l’employée de maison comme on les donnerait même pas à un chien et du coup elle rend son tablier. Ben, j’aurais tout vu. Manquait plus que ça.

Vicky reste bouche bée un instant puis arrive à articuler, mais Alain t’es fou ! Qu’est ce que je vais faire maintenant ?

Bouger ton cul ou te trouver une autre ma très chère, il répond.

Je n’ai jamais aimé ce schnock. Imbue de lui-même, calculateur et intrigant, son fric il le doit au travail de son Père et il en profite. Vicky a bien plus d’avoirs et une bien meilleur éducation, elle a de la classe elle, que lui n'en a pas.

Habillé d’un polo rouge avec croco argent, jeans blanc et mocassins en daim marron il nous fait face.

Tout d’un coup je suis sûre qu’il trompe sa femme.

Il a perdu au moins 10kg.

Je suis sûre qu’il se fait botoxer. Son front ne bouge plus quand il parle, ni les rides dites de lion qui se trouvent entre les sourcils.

Oui, j’aurais dû devenir détective.

Oh, Alain mon chou, je lui dis d’une manière zuckersüss, puisque t’as renvoyé la bonne, et étant donné que j’ai vu l’était du buffet, ça serait adorable de ta part de nous faire du café ! T’en es capable ??? Et que ton homme à tout faire mette au frais les reliquats. Surtout qu’il jette la mayo, les oeufs et tout ce qui craint. Tant qu’à faire qu’il mette au frais du champ et du vin pour l’after de ce soir. Vois-tu mon chou, Vicky ne peut pas, regarde sa cheville !

Sinon je trouve, franchement et entre nous, je susurre vous l’aurez compris, le rouge vif n’est pas très seyant quand on a un début de couperose.( et toc !)

Il me dit ah bon ? Et l’orange ? Je mens. Parfait !

Il n’a pas fait le café, il est aller se changer !!!

J’ai donc fait le café pour moi et Vicky et ceux et celles qui en voulaient, venant s’enquérir, se sont mis à la tâche aussi.

Bon, nous avons eu droit à la compassion, enfin Vicky, mais elle n’a guerre durée.

Cy nous a fait un coucou, j’ai fait un signe de ma main que tout était ok et il est allé se baigner. Depuis son accident de santé, et même avant à vrai dire, je lui laisse toujours toute sa liberté, qu’il s’éclate !

Tout d’un coup j’ai un coup de pompe. J’aimerais bien être chez moi.

Nous avons une heure de route.

Je ne connais quasiment personne, à part Pete qui est déjà parti et deux, trois couples que je vois régulièrement dans d’autres soirées et auquel je n’ai strictement rien à dire.

D’ailleurs je ne parle que si on me parle ou si on me présente dans ce cercle de crocodiles.

Je suis très bien seule. Et je regarde. Et souvent ce sont les autres qui viennent vers moi.

Et je laisse venir.

Toute à mes pensées j’ai oublié Vicky ! Je sors son pied meurtri.

-         Vicky ? T’as pas un invité médecin par hasard ?

En principe j’évite de déranger un médecin copain lors d’une fête. Eux aussi ont envie de s’amuser.

Mais lors du grand anniv’ de Cy, j’avais eu un cas urgent dans ma cour. Ma meilleure amie, infirmière libérale, l’avait convoqué ce dimanche là pour refaire son pansement de la main, qui elle fut gravement coupée par une tronçonneuse, et revenant d’une ballade à cheval et poney pour occuper les ados, une autre copine, elle médecin de travail et aussi amie à moi et avec susdit, m’avait dit affolé, Bri elle est soûle, elle dort dans ton lit et je n’arrive pas à la réveiller et je ne sais pas quoi faire ! Oui, véridique.

Ni une, ni deux je m’y rends, la secoue, faisant appelle à son devoir et elle, enfin debout me dit qu’elle ne saurait faire face. Trop bu. Ben Bravo !

Alors j’ai sauvé son honneur ce jour là. Je me suis adressé à Berti, mon copain d’enfance et éminent chirurgien de la main. Il a tout pris en main, c’est le cas de le dire. Il a même sauvé cette main. Et il a laissé mon amie l’assister…

 

Si, j’en ai un, me dit Vicky.

-C’est quoi sa spécialité ???

-Ben il est dentiste.

-Bon Vicky, t’as une armoire à pharmacie, faut que je te fasse un strapping !

-Tu passe mon dressing Bri, et t’arrives droit dans ma salle de bains.

-Ok, mais sort ton pied, je reviens !

-Bri ? Il y a combien de gens qui restent ?

-Au pif une vingtaine.

-Bri, j’en ai marre de tous cela. Des pique assiettes, de m’as-tu vu, des tiens j’aurais p’être une promo, une occasion de me faire prévaloir, des crocodiles qui t’emmènent dans un tourbillon pour mieux te bouffer au prochain conseil d’administration. J’en ai marre de mon mari, mais marre. Marre.

 

Je l’écoute mais je grimpe déjà les escaliers. Je travers son dressing et j’ignore tout son bordel, des fringues de la haute couture ou il y a encore des étiquettes dessus, jamais porté, des sacs assortis, chaussures, faut bien que j’enjambe.

Dans son armoire à pharmacie je trouve de quoi et même de l’arnica et je redescends en vitesse.

Envie d’en finir, envie d’être chez moi.

 

Ma propre vie m’a rendu très sensible à la souffrance des autres.

Et de fois je n’hésite pas à me mettre dans un état de fragilité émotive extrême. C’est le seul moyen pour moi pour ressentir là souffrance de mes congénères, mieux comprendre pour mieux les aider. C‘est un prix à payer.

 

Mais il ne faut pas que j’abuse de cet état de fragilité émotive extrême.

by herself JUILLET 2008

Briget DC de H ©

 

Ecrit par brigetjones30, le Jeudi 3 Juillet 2008, 23:06 dans la rubrique "*VÉCU* ".
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Commentaires :

  adagio
adagio
05-07-08
à 11:49

Je viens de lire tes trois articles croco : eh beh !! c'est très bien narré (j'aime bien ton style, avec la pointe légère d'humour, le ton qui se veut détaché mais qui n'en pense pas moins, le souci du détail et la touche perso qui s'éclaire dans les comparaisons avec autrui) mais alors sinon, c'est d'un triste ce genre de situation dans le fond, pfiou. Que de l'apparence, que le fameux "bling bling" dont on parle pas mal ces temps-ci, et aucune profondeur humaine. Il manque chez ces gens que tu décris la simplicité du bonheur non ?
A lire ce que tu écris sur Vicky, je ne peux que me demander : elle a fait quoi de sa vie, pour elle ? car à part vivre pour les autres, cela semble là aussi très triste le constat... Ne la laisse pas tomber...
Mais je comprends aussi ce besoin à la fin de rentrer chez toi : totalement légitime. Compassion certes, mais pour cela il faut se ressourcer soi-même et ne pas se laisser dévorer par les mâchoires de ce monde...

(au fait, la photo d'en tête est terrible...effrayante, j'avoue passser très vite dessus pour vite arriver aux lignes !)
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  brigetjones30
brigetjones30
05-07-08
à 18:28

Re:

Coucou adagio!!! Merci pour ton commentaire perspicase! Oui la vie bling-bling est superficièlle, enfin dans ce millieu là et j'aurai pu rajouter pleins de choses encore. Je ne laisse pas tomber Vicky mais personne ne peut changer ou aider qqun si cette personne est alcoolo et ne veut rien entendre, c'est ça qui est grave...Perso je suis très bien chez moi, au coin du feu, ou dans mon jardin en été, à lire et à m'amuser avec mes animaux. Et je suis toute contente de déménager car je retrouverai ma liberté...(dans cette contré toute le monde connaît la famille de mon mari) 

Bri qui t'embrasse, bonne ouikend le poète!=)

Ps: Bon j'enlève le croco, je respecte les âmes sensibles...et toi !=)

 

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  adagio
adagio
05-07-08
à 21:18

Re:

Merci pour la nouvelle photo ! Cette attention de ta part à mon âme (trop) sensible me touche :)
Je suis d'accord avec toi : difficile, voire impossible d'aider quelqu'un qui ne veut pas entendre et que l'alcool rend sourd... C'est triste ce constat d'impuissance, et je le déplore d'ailleurs. Mais je crois tout de même que l'on peut rester attentif, et ainsi être là malgré tout, de près, de loin, par petites touches, et peut-être que par minuscules petits grains d'amitié gratuite déposés un à un on peut alors doucement diminuer les effets dévastateurs de la dépendance alcoolisée... Je ne dis pas que la présence amicale peut guérir cela, (non, là c'est l'affaire des professionnels) mais que l'on peut être là pendant, et surtout après.

J'aime bien l'image bucolique des livres, du jardin, des animaux, et surtout de la liberté !!  Cela fait envie, et cela tombe bien, je vais en profiter moi aussi dès demain.
Tschüssi
:)

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  brigetjones30
brigetjones30
05-07-08
à 23:24

Re:

Hum. J'ai fait ce geste pour toi. Uniquement. C'est la première fois depuis 6 ans.

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  adagio
adagio
06-07-08
à 10:34

Re:

Alors cela me touche d'autant plus, merci !
:)
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